UN PREMIER TEXTE
Sur des images de mon voyage vers la Croacie ( France, Italie, train, bateau et arrivée en Croatie).
1. Le point de départ
Commencer. C´est le plus dur. L´idée de ce film (de ce texte) est née d´une conversation avec Neli. Neli est croate et nous avons plusieurs points communs, en particulier le fait de vivre au Mexique et donc être étrangères toutes les 2. Un regard décalé peut-être.
Neli voulait faire un film en Croatie sur un sujet qui m´intéressait et je lui ai donc proposé de la rejoindre et de l´aider. Tout en imaginant le voyage, je pensais que je ne connaissais aucun pays de « l`Est » et aucun des pays dits communistes sauf Cuba. Je ne savais même pas vraiment où était la Croatie, quelle était sa capitale, la langue qu´on y parle, ses frontières, ce qu´était devenu ce pays aujourd´hui après la guerre des Balkans. « La guerre des Balkans », un nom bien vague aussi que j´associe seulement avec quelques images télévisées, toujours les mêmes. Je découvrais mon ignorance. Une réalité lointaine et méconnue, et pourtant proche. Enfin, proche sur la carte. Le premier voyage fut la recherche d´un itinéraire et des moyens de transport.
2. L´itinéraire
J´ai donc consulté la carte et découvert avec plaisir (et surprise) que nos voisins de l´est étaient tous proches de nous. Sur la carte, la Croatie était peut-être aussi proche de la France que le Danemark ou la Suède à peu de chose près. Mais au moment de préparer l´itinéraire, je me suis rendue compte que malgré tout nous sommes beaucoup plus éloignés les uns des autres. Tant d´années sans un réelle communication ont forcément laissé des traces et c´est au moment de voyager que cela est apparu : s´y rendre n´est pas simple, train, routes, avion, bateau rien de direct pour aller à l´est. Et pour me rendre à Split, la ville de Croatie où je devais retrouver Neli, le parcours n’était pas simple. Avion, train, bateau, location de voiture, bateau, internet. La distance persiste encore entre l´Est et l´Ouest et pas seulement dans ma tête...
3. Les clichés
J´avais tout au plus quelques souvenirs morcelés et superficiels, des lieux communs, des incertitudes: la Yougoslavie de Tito, le poids du personnage, la violence de la guerre des Balkans, Kosovo, Milocevic, les serbes, et puis la séparation, l´éclatement et l´entrée dans l´Europe pour certains des pays de l´ex-Yougoslavie. J´avais été impressionnée par Underground et Super 8 de Kusturica et enchantée par la musique de Goran Bregovic. Il y a peu de temps, j´avais découvert le travail d´un groupe d´artistes yougoslaves qui m´avait beaucoup intéressée et avaient ouvert en moi une certaine curiosité. Il s´agissait du registre photographique d´une expédition qui suivait le parcours d´une autoroute. Du temps de Tito cette autoroute devait traverser la Yougoslavie afin de relier les villes principales des différentes régions. C´était d´une certaine manière un des symbole de l´unité du pays. L´autoroute n´avait jamais été finie mais il en restait quelques tronçons éparpillés qui avaient survécu et témoignaient de l´entreprise ratée. Le groupe d´artistes avaient suivi le parcours interrompu, quelques bribes d´un pays qui n´avait peut-être jamais existé.
4. La langue
En ce qui concernait ma connaissance des langues slaves, mon ignorance était encore plus grande. J´ignorai même s´il y avait une langue ou plusieurs langues en Yougoslavie. Aucun mot en croate ne me venait à l´esprit. Neli m´avait donné quelques livres afin de préparer le voyage. Je regardais les images, quant au texte, pas un mot ne me parlait. Le silence.
5. Encore les clichés
Ma génération, celle de l´après la guerre, (je suis née en 54), a été marquée par une certaine conception du monde. La guerre nous a laissé l´ombre de l´holocauste et le mythe de l´Amérique libératrice. La guerre froide, l´équilibre de la terreur et le rideau de fer ont accompagné notre adolescence. Le rideau de fer. Le mot était évocateur mais pas très clair. J´ignorai qui avait décidé qu´il y aurait une frontière infranchissable entre l´est et l´ouest, dans quelles circonstances, pour quels pays. Quant à la guerre froide, nous savions seulement qu´en son nom de nombreux conflits avait été livrés. Toutes ses idées planaient au-dessus de nous sans que nous comprenions vraiment leur sens. Et puis en 1989, le mur de Berlin était tombé et le rideau de fer avait été levé. Une nouvelle ère s´annonçait.
Je me demandais quand même si les gens de ma génération nous n´avions pas conservé un petit rideau de fer intérieur et une certaine vision d´un monde qui avait disparu ou qui était en train de changer au moins. L´idée était donc au cours de ce voyage de franchir le rideau de fer.
Sunday, June 1, 2008
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